Arrivisme et copropriété

24 06 2007

Arrivés tard le soir, un camion chargé d’affaires ou de ce qui y ressemble, et quatre personnages. Le déménagement s’est opéré dans la discrétion, en quelques heures.
Anciens habitants d’un quartier populaire du centre, aspirant à grimper dans l’échelle sociale et voulant se débarrasser de tout ce qui peut leur rappeler « les petites gens », ils ont  vendu tous leurs meubles, et leurs âmes aussi.
Dès leur arrivée dans le quartier résidentiel ou ils étaient censés vouloir se fondre avec la classe intellectuelle, les voilà rapidement pointés du doigt. D’abord par le comportement asocial de leur fils, puis rapidement par le naturel des parents qui chassé, revient au galop, graduellement et crescendo, sans aucune limite morale.
Pourtant, la mère a une apparence civilisée du moins par son habit qui, comme on dit si bien, ne fait pas le moine. Petit personnage au morphotype maghrébin, cheveux coupés courts, foncés et bouclés,  peau mate virant vers le gris,  petits yeux malicieux avec un regard parfois menaçant et manipulateur. Les lèvres sont fines et pincées, les pommettes osseuses et saillantes. Plutôt ronde sans formes, elle est amatrice de couleurs sombres, grise,  marron ou noire. Sa démarche est lourde, avec manque de souplesse et de convenance.
Elle représente le personnage clé de la famille.  
Le père est plutôt de type rural, mais manifestement influencé par les mauvais garnements des petits quartiers qu’il semble avoir longtemps fréquenté. Il est carré, grisonnant avec une grande bouche et des oreilles décollées. Son langage est incohérent, grossier, inintelligent et monotone. Au bout de deux ou trois discussions son lexique est rapidement épuisé.
Les enfants sont au nombre de deux. Une jeune demoiselle complètement effacée, par timidité, manque d’assurance ou par complexe d’infériorité. Le garçon d’une dizaine d’années est un petit « bouboule » avec une bouche assez grande et polluante, une démarche indiscrète, cherchant à attirer l’attention. Son comportement est assez significatif avec son  regard vif et fuyant, ses grimaces intempestives et son fou rire immotivé.

L’appartement, est au dernier niveau, un quatre pièces, complètement décoré au goût des parents. Dés l’entrée on est agressé par le mur du couloir qui est tapissé d’une dalle de sol sombre de style fausse pierre. De part et d’autre, les murs sont laqués d’un blanc très brillant et éblouissant. Le sol est par contre blanc nacré avec des reflets beiges. Le hall est délimité par une rangée de faillance noire, comme pour marquer une frontière à ne pas franchir. La porte d’entrée donne directement sur la cuisine, glaciale et non accueillante. Un énorme placard  de couleur très foncée occupe le mur de droite sur toute sa longueur et toute sa hauteur. A gauche contre le mûr d’en face, une minuscule table entourée de quatre chaises comblent le coin. Il n’y a pas de réfrigérateur, sa place est vide. La cuisinière d’un modèle local a dû servir longtemps vu l’état délabré des feux. Une télévision perchée à quatre mètres du sol déposée sur un support mural est difficile à remarquer quand elle est éteinte. Quand elle est en marche, elle donne le torticolis.

Le salon quant à lui est vide, sans meubles, constamment fermé de même que la chambre des parents.
Les invités sont généralement reçus dans la chambre du fils. Elle est apparemment la seule à être meublée, peut être parce que sa fenêtre donne directement sur les voisins d’en face.
Nous sommes invités à nous asseoir sur le lit sans matelas plutôt inconfortable. Une armoire à deux portes semble contenir tout le linge de la famille.

Plusieurs fenêtres sont en aluminium parfois gris parfois nègre. Certaines sont en bois agrémentant ainsi le côté folklorique du décor qui est manifestement incohérent avec un mélange de styles rustique et moderne.

Au dessus de l’appartement  la terrasse  est naturellement collective et inaccessible, seule une trappe devait permettre d’y accéder  pour l’entretient.
Mais la notion de chose commune est évidemment mal assimilée par nos arrivants. Leur désir de la privatiser ne laisse aucun doute. Prévoyant, ils commencent par mener une campagne de sensibilisation auprès des autres copropriétaires, sur la nécessité d’un accès privé à l’aide d’un escalier à leurs frais pour en assurer insistent-ils, un entretient facile et régulier. N’étant pas dupes, les voisins n’en sont pas convaincus et Ils refusent même catégoriquement que la façade principale soit porteuse d’un escalier à la fois laid et dangereux.
Mais nos amis ne s’arrêtent pas là. Non seulement ils font entamer les travaux contre la volonté de tous mais ils refusent aux autres leur droit d’user de cette terrasse pour le placement d’antennes.
La tension monte et la guerre est franchement déclarée. D’un côté des universitaires soucieux de leur réputation et de leur image mais voulant préserver leur droit sur cette propriété commune. De l’autre des voyous arrogants et sans scrupule voulant s’accaparer un bien collectif passant outre toutes les lois et règlement de copropriété. L’incohérence de ces individus aveuglés par leur désir d’acquérir une terrasse sans l’avoir payée finit par exaspérer leurs voisins qui n’en reviennent pas d’un comportement aussi asocial. Tous les moyens sont mis en œuvre pour les pousser à la résignation, insultes, menaces, harcèlement quotidiens. L’affrontement physique est même à maintes fois recherché si ce n’était la sagesse et le sans froid exemplaire de gens honnêtes qui ne cherchent qu’à vivre en paix et à profiter de leur bien si chèrement acquis.
Pendant ce temps, malgré le dépôt de plainte auprès des services compétents, les travaux avancent et l’horreur prend forme.
Trop c’est trop, une leçon de civisme s’avère urgente. Des pressions sur l’administration s’avèrent nécessaires et la force publique doit s’imposer. Les lois existent et doivent être appliquées.
Le droit heureusement même tardivement, finit par triompher. L’escalier de la honte est démoli. Il s’abat sourdement sur le sol sous le regard choqué des hors les lois. Ils n’en croient pas leurs yeux et retiennent difficilement leurs larmes. Loin de reconnaitre leur tort, Leurs cœurs s’emplissent d’avantage de haine et du désir de vengeance.
Insultes, mensonges de tout genres, grossièretés, menaces, une véritable hystérie prend possession d’eux. Les victimes restent malgré tout calmes évitant toujours de tomber dans le piège de l’affrontement.
Ils résistent tant bien que mal au sentiment de dégoût qui les envahit et nourrit leur désillusion. Ils regrettent amèrement de ne pouvoir jouir pleinement et fièrement d’un bien honnêtement acquis. Ils ne se reconnaissent plus dans cette société dans laquelle ils doivent constamment lutter pour défendre leur bien. Où ils doivent faire pression pour faire appliquer la loi. Ils ne supportent plus de vivre si prés de gens si mauvais, sans civisme ni savoir vivre. Ils réalisent à leurs dépends la portée de ce proverbe arabe oh combien significatif « choisis ton voisin avant ta maison ». Mais pour eux il est trop tard, la souris est déjà rentrée. On ne peut que la combattre et la faire sortir ou partir. Cependant dans leur cas, ils n’ont pas cette chance de n’avoir à faire qu’à une souris, c’est bien plus grave que ça.

Atelojoud.


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2 réponses à “Arrivisme et copropriété”

  1. 25 06 2007
    miam (00:47:30) :

    c’est un beau texte, vos personnages sont plutot droles, je me demandait s’ils existaient réelement?
    Je pense qu’il faut essayer de comprendre ce genre de personnages, aveuglés par la matière, encouragés par le laxisme des gens, les procedures administratives souvent trop compliquées et un certain degré de corruption à tout les
    niveau.
    satisfaire son ego est dure dure dure, pour quand la suite?

  2. 25 06 2007
    miam (00:51:32) :

    c’est un beau texte, vos personnages sont plutot droles, je me demandais s’ils existaient réellement?
    Je pense qu’il faut essayer de comprendre ce genre de personnages, aveuglés par la matière, encouragés par le laxisme des gens, les procedures administratives souvent trop compliquées et un certain degré de corruption à tout les
    niveaux.
    Satisfaire son ego est dur dur dur, pour quand la suite de l’histoire?

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